L’avenir du peuplier en France : un choix stratégique urgent

Une ressource en peuplier bientôt inférieure au besoin.Préoccupés par la disponibilité future en peuplier, les membres de l’Union des industries du panneau contreplaqué (UIPC) ont voulu en savoir plus. Au final, compte tenu de l’intérêt des résultats et de l’importance des enjeux, l’UIPC met à disposition de la filière l’intégralité de l’étude prospective.

Réalisée de l’été 2015 à mars 2016, et croisant plusieurs sources afin de garantir au mieux sa fiabilité, celle-ci est récemment parue dans sa version la plus à jour.

Données amont de l'étudeLe constat est net : aujourd’hui en France, une parcelle sur trois n’est pas reboisée. Et en 20 ans, près de 30 000 ha de peuplier ont disparu, ce qui correspond à une perte d’environ 360 000 m3 de bois d’oeuvre par an. Or il s’agit d’une matière première renouvelable, récoltée et transformée localement avec de faibles consommations énergétiques, utilisée essentiellement pour l’emballage léger en bois (39 %), le contreplaqué (27 %) et en sciage (24 %).

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Malgré des disparités régionales, la baisse des reboisements a lieu dans tous les bassins

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Si une part du manque de reboisement est normale, du fait de la baisse du niveau d’exploitation dans les années 1995-2002, il s’avère depuis que le taux de reboisement a continué à se dégrader tandis que le niveau d’exploitation est relativement stable depuis une décennie.

 

 

 

 

 

 

Parallèlement à la baisse des reboisements, et concernant la récolte et le besoin futur en bois, plusieurs tendances lourdes vont dans le sens d’un besoin en bois d’oeuvre peuplier restant au minimum stable (autour de 1.3 Mm3/an, consommation 2014) et plus probablement d’une hausse vers 1.5 Mm3/an.
En résumé, la filière doit se préparer à un déficit de matière de l’ordre de 30 % du besoin estimé.

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Nous sommes encore en période de sur-stock par rapport à l’utilisation. Le bois actuellement disponible mais non consommé repoussera de quelques années l’apparition du déficit indiqué sur le graphique ci-dessus. Pourtant, certaines entreprises en recherche de bois de haute qualité commencent à constater les toutes premières (et encore légères) difficultés d’approvisionnement.

Face aux difficultés futures, il est indispensable de se préparer, et d’agir pour limiter autant que possible la durée du déficit : si rien n’est fait dès maintenant, les conséquences économiques, sociales, et écologiques (1)  de ce déficit pourraient être désastreuses.

Conscientes de cela, certaines entreprises se mobilisent à travers la charte Merci le Peuplier et la Région Poitou-Charentes agit activement depuis deux ans notamment pour inciter au reboisement en peuplier : deux exemples à suivre et à développer.
Le choix est clair : abandonner, avec les conséquences que l’on sait, ou se mobiliser de façon claire et cohérente. Face à l’ampleur du défi, la filière doit agir mais un appui déterminé des pouvoirs publics est une nécessité pour accélérer le mouvement.

Quelle est la surface populicole en France et peut-on s’en servir pour la prévision ? Quelles ont été les surfaces plantées par cultivars depuis 20 ans ? Quels seront les volumes de peuplier disponibles dans les années à venir, et comment seront-ils répartis par bassin, par cultivar, par usage possible du bois…? Comment évolue la récolte et pourquoi ? Les entreprises perçoivent-elles des modifications dans leurs structure d’approvisionnement ? Quelle est l’importance de l’export, et quelles sont ses conséquences ? Quels sont les flux de bois entre les différents bassins ?…

L’étude répond à l’ensemble de ces questions, fournissant ainsi un panorama complet de la situation actuelle et des conséquences qui en résultent. L’objectif est que chacun puisse prendre conscience de la situation, de façon aussi précise que possible, et puisse ainsi choisir en toute connaissance de cause les actions à mener.

Vous pouvez la télécharger sur le site du financeur de l’étude, à l’adresse suivante :
http://www.codifab.fr/actions-collectives/bois/article/securisation-des-approvisionnements-en-peuplier-1633

C’est maintenant qu’il faut planter.

Et plus largement ?

Le peuplier est une essence à croissance rapide. Cela veut dire également que les effets d’un phénomène quelconque, technique, social, économique, peuvent se voir dans un laps de temps court relativement au pas de temps forestier.

Pour les autres essences, le niveau de plantation n’est généralement pas un bon indicateur car il faut prendre en compte la régénération naturelle, mais il n’en demeure pas moins qu’il existe de façon relativement certaine des défauts de renouvellement quantitatifs ou qualitatifs de la forêt apte à fournir du bois d’oeuvre.

Les prises de conscience globales sont relativement tardives, comme on peut s’en apercevoir dans tous les domaines de notre vie.  Lorsque le problème devient palpable, la rapidité des cycles du peuplier (échelle moyenne de 18 ans) a l’avantage de permettre de réagir assez rapidement avec des effets à court terme. Ce n’est pas le cas des autres essences.

Ce qui se passe avec le peuplier est dû à une multitude de facteurs, dont beaucoup sont issus du désintérêt des politiques publiques pour la forêt et le bois depuis deux décennies : l’intérêt affiché pour la forêt ne se transforme guère en actions significatives (et je ne parle pas d’aides aux sylviculteurs mais d’actions – ou d’actions manquantes ou inappropriées – plus profondes).

Que ceci puisse servir d’enseignement pour la forêt dans son ensemble.
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(1)  les impacts écologiques, en résumé, sont de trois ordres  a) le remplacement de surfaces populicoles (aux capacités épuratrices fortes) par des surfaces agricoles (avec fortes probabilités d’utilisation d’intrants)    b) le remplacement d’un matériau naturel, renouvelable, et local, utilisés en emballage léger  et en construction, par des produits issus de matières d’origine fossile et in fine polluants (notamment plastiques et matériaux composites)   c) accroissement des transports pour mobiliser les bois situés dans des bassins temporairement à plus forte ressource populicole, vers les régions à tissu industriel plus marqué.

Les illustrations de cet article sont toutes © CNP, la plupart extraites de l’étude.

EDIT 15/03/2019 : cette étude à été mise à jour. Voir http://www.sylner.fr/etude-ressource-peuplier-2018/

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